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Être un prêtre au cœur de feu

Méditation donnée aux séminaristes du Séminaire Saint Irénée de Lyon le 11/01/2006.

Lectio sur Jean 1, 35-42


J’aimerais que nous regardions ce texte de trois manières différentes :

 La première manière sera une la lecture littérale ; reprenons donc les éléments clés du récit.

 Voici trois personnages, Jean le Baptiste et deux de ses disciples. Jésus passe, et Jean le désigne en disant : « Voici l’agneau de Dieu !». Les deux disciples quittent immédiatement leur maître et se mettent à suivre Jésus. Lequel se retournant leur demande ce qu’ils veulent ; Maître où demeures-tu répondent-ils. Et Jésus de les inviter chez lui « venez et voyez ». Ils l’accompagnèrent et ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était aux environs de 16h, cette précision horaire peut indiquer qu’outre André qui sera mentionné juste après l’autre disciple est sans doute l’auteur de l’évangile, St Jean. Va suivre une cascade de rencontres dont la première seulement nous est relaté dans ce découpage liturgique, André va immédiatement trouver son frère Simon qu’il amène à Jésus et qui s’entendra dire : Tu es Simon… tu t’appelleras Pierre.


Être un prêtre au cœur de feu

André et Jean sont des disciples de Jean-Baptiste. Or celui-ci se présentait comme étant un « engin de terrassement » qui prépare les chemins du Seigneur dans les cœurs. Ces deux futurs apôtres étaient donc  préparés à la rencontre du bord du Jourdain lorsque Jean-Baptiste leur désigna l’agneau de Dieu. Commence alors un cheminement d’abord à distance de Jésus (ils le suivent de loin), puis cote à cote, jusqu’à voir sa demeurer et à rester à converser avec lui. On imagine un peu les sentiments d’André et de Jean, d’abord la curiosité mêlé à l’espérance en le suivant de loin, puis l’apprivoisement en marchant à ses côté et enfin le bouleversement en demeurant auprès de lui.

 

En effet, beaucoup des auditeurs de Jésus en feront l’expérience, parmi lesquels les évangiles se plaisent à retenir certains hommes et femmes, comme Nicodème, la Samaritaine, Marie la sœur de Lazare, les disciples d’Emmaüs etc. Oui beaucoup feront l’expérience que lorsque Jésus parle et explique les Ecritures, le cœur devient tout brûlant. Un feu vous dévore la poitrine.

A 1h 30 de voiture d’ici, à Paray le Monial, St Marguerite Marie au XVIIIe siècle a eu le privilège de voir le cœur de Jésus et d’entendre « voici ce cœur qui a tant aimé les hommes… ».. Et depuis lors, conformément à sa vision, les peintres ont créé un genre nouveau, celui du Sacré-Cœur qui n’est pas toujours de très bon goût, mais qui représente le cœur de Jésus pris dans des flammes comme pour dire cet amour brûlant qu’il a manifesté  pendant sa vie publique : Oui « comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimé » a dit Jésus dans l’évangile de Jean 15, 9. Cette parole est explosive ! Imaginez-vous l’amour du Dieu Tout-puissant dans un cœur humain ! Les anciens ne connaissaient pas l’incandescence qu’Edison découvrira bien plus tard, autrement, ils auraient représenté le cœur de Jésus comme étant incandescent.

Le premier contact d’André et de Jean avec Jésus était proprement bouleversant et transformant car le cœur en fusion de Jésus a le pouvoir d’enflammer les autres cœurs qui se tiennent devant lui. Et au-delà des quelques propos que Jésus a pu tenir et que l’évangéliste ne relate même pas, leur cœur s’est enflammé, ce qui explique que sans attendre ils sont allé chercher leurs proches pour les mettre eux-aussi en contact avec ce feu. Et cela m’amène à mon deuxième niveau de lecture.

 

Ce processus que nous avons décrit pour les apôtres me semble être valable pour tous ceux qui sont appelés à être disciples de Jésus à travers les siècles. Et pour nous aujourd’hui n’est-ce pas ce qui s’est aussi produit ?

 

D’abord, il y a la préparation lointaine auprès de personnes qui ont préparé le terrain de la rencontre : c’est le temps des premières notions sur l’Evangile transmises par nos parents, de la formation par des catéchistes, des prêtres et d’autres chrétiens qui vont jusqu’à nous désigner le Christ.

Et puis, il y a un jour où (Comme André et Jean qui quittèrent Jean-Baptiste), nous avons décidé de prendre notre foi à notre compte, un moment où nous avons laissé tombé tout étayage venant de notre environnement et où nous avons commencé à cheminer seuls ou avec d’autres  à la suite de Jésus, d’abord de loin, puis d’une façon de plus en plus proche, nous nous sommes laissés apprivoiser par lui et enfin nous avons voulu savoir où il demeurait et voir ce lieu de nos yeux et (pour ce qui nous concerne plus directement),   c’est ce désir auquel il a répondu en nous invitant à venir au séminaire. Car c’est un lieu où il demeure plus particulièrement. C’est un lieu où l’on peut s’asseoir à ses pieds pour l’écouter et le contempler, vous avez donc droit à la meilleure part !

 

Quel est donc le but de votre présence ici ? Ecouter les quelques propos que tiennent les pères du séminaire, non évidemment, mais écoutez Jésus qui parle à travers leur propos même quand vous les trouvez anodins et pauvres, mais le but de votre présence ici est surtout d’acquérir un cœur de feu. Cela suppose de votre part une grande vigilance. Non, ni le planning des cours, ni le planning des offices, ni la forte insistance pour que nous prenions un temps d’oraison et des temps de lectio et d’adoration ne sont des obligations contraignantes qui bouffent notre liberté. Ils sont, au contraire, des rendez-vous d’amour avec le Seigneur. Des temps où l’on s’assoie à ses pieds pour avoir un cœur de feu. Mes chers frères, n’oublions jamais que chacune des heures que nous vivons comme séminariste est financé par des chrétiens désirant avoir des prêtres au cœur de feu. Ah dit Jésus : Je suis venu jeter un feu sur la terre et comme je voudrais que déjà il fut allumé »(Jn 12, 49).

 

Cela m’amène à mon dernier point

 

Je disais que la mission a consisté pour les premiers disciples à communiquer le feu qui brûlait leur cœur en ramenant d’autres au foyer essentiel qu’est Jésus, mais depuis l’ascension, les apôtres ne pouvaient plus bénéficier de la présence physique de Jésus, et ils se sont senti orphelins jusqu’à la Pentecôte quand le Feu d’En Haut fut jeté sur la terre selon le désir ardent de Jésus, l’Amour divin qui brûlait son cœur est tombé sur eux et ils sont alors devenu les témoins du Christ. Et c’est alors qu’ils ont pris toute la dimension de cette parole de Jésus qui doit se comprendre au regard de Jn 15, 9 : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi, je vous ai aimé », à savoir : « aimez-vous les uns les autres comme moi, je vous ai aimé » (Jn 15,12).

 Waoh ! En fait, Jésus demande à ses apôtres de prendre sa place, d’aimer comme lui, d’avoir eux aussi des cœurs incandescents, d’être des sacrés-cœurs. De fait, beaucoup se sont faits leurs disciples, trouvant auprès d’eux comme une fontaine de feu qui embrasait leur propre cœur. Et par l’Esprit Saint ce processus s’est perpétué jusqu’à nous. Le don de l’Esprit est pour tous les chrétiens qui sont dits à juste titre d’autres christs, mais il est donné d’une façon spéciale aux ministres consacrés pour qu’ils tiennent la place du Christ d’une façon particulière, pour qu’ils agissent en sa personne. Quelle merveilleuse et terrible chose en même temps !

Ainsi, en tant que chrétien, mais plus encore en tant que prêtre ce qui s’est passé pour André et Jean doit pouvoir se passer autour de nous. Beaucoup de jeunes et de moins jeunes attendent énormément des prêtres. L’acharnement avec lequel les médias stigmatisent les péchés des prêtres peut être interprété comme une hostilité envers l’institution ecclésiale, mais peut aussi révéler une attente déçue de la part des gens qui attendent consciemment ou non que nous soyons à la hauteur de l’Evangile, même quand ils professent l’indifférence religieuse car tout homme a une attente de Dieu que rien en ce monde ne saurait combler.

Saint Paul nous dit notamment dans sa lettre aux Ephésiens  aux chapitres 4 et 5 :

 « De votre bouche ne doit sortir aucun mauvais propos, mais plutôt toute bonne parole capable d’édifier, quand il le faut, et de faire du bien à ceux qui l’entendent. Ne contristez pas l’Esprit Saint »  et plus loin :

« De même pour les grossièretés, les inepties, les facéties ; tout cela ne convient guère ; faites plutôt entendre des actions de grâces.

Si donc nous voulons avoir un cœur de feu, le garder et en plus enflammer d’autres coeurs, non seulement il faut nourrir ce feu comme nous l’avons vu par l’étude et la  prière, mais il faut aussi éviter la neige carbonique que représente ce que nous martiniquais appelons « paroles inutiles » : je retiens deux types de paroles inutiles :

Les mauvais propos cléricaux sur l’évêque diocésain ou la médisance sur tel ou tel confrère : vous savez que des prêtres se transmettent ces mauvaises traditions de génération en génération, comme pour le sida il faut briser la chaîne de transmission de cette maladie qui provoque l’extinction du feu dans nos cœurs et les empêche de se propager à d’autres. Et cette chaîne se brise dans un cas comme dans l’autre par la fidélité, ici c’est par la fidélité au commandement d’amour du prochain.

Deuxième catégorie de paroles inutiles : les blagues en dessous de la ceinture entre confrères ou en présence de laïcs. Il est clair que c’est de la neige carbonique et qu’on ne voit pas comment le feu de l’amour, le feu de l’Esprit pourrait se propager dans ces conditions. C’est bien ce qui s’appelle contrister l’Esprit Saint.

Cela ne veut pas dire qu’il faille être sombre à la manière des jansénistes, le même apôtre Paul nous dit aussi « Soyez toujours joyeux.. » Mais d’une vraie joie, celle qui procède d’un cœur qui demeure dans l’amour et qui brûle d’amour.
Bonne méditation

Père A. Ransay
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