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La foi de Marie

Méditation faite à l’intention des séminaristes du Séminaire Universitaire Saint Irénée de Lyon le 12 avril 2006.

Lectio du 12 avril 2006, méditation de Jn 20, 1 sq, dimanche de pâques.


La foi de Marie

Marie-Madeleine inaugure la scène du dimanche de pâque, d’après ce que nous venons de lire du début chapitre 20 de l’évangile de Jean : « Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu’il fait encore sombre. »

On peut peut-être s’en étonner. Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi Marie, la mère de Jésus, n’était pas, elle, présente au matin de pâques pour terminer l’embaumement qui avait été, et elle le savait bien, bâclé, le vendredi précédent, car le Sabbat commençait. N’importe quelle mère digne de ce nom aurait précédé quiconque au tombeau de son fils célibataire !  Je peux vous garantir que s’il s’agissait de moi, personne n’aurait précédé ma mère au tombeau,  mais pour ce qui est de Jésus, sa mère Marie ne fait pas le déplacement ! C’est quand même étonnant, non ?

On parle dans certaines circonstances de « silence assourdissant » quand par exemple on s’attendrait à une déclaration qui ne vient pas de la part d’une personnalité et quand son silence est lourd de sens. Dans ce cas, j’ai envie de dire à propos de Marie que son absence est éblouissante tant elle est lourde de sens.

Passé l’étonnement, en effet, et après avoir réfléchi, on se met à l’admirer et on se dit : Quelle foi extraordinaire ! Elle est vraiment celle qui a cru ! Avant que Saint Jean, le disciple bien-aimé, ne croie en ayant vu les linges, elle a cru. Avant les apparitions du ressuscité aux disciples, elle a cru.

Elle a cru aux paroles de son Fils qu’elle ne cessait de méditer dans son cœur. Ses paroles qui disaient : « je monte à Jérusalem, je serai livré par les autorités religieuses aux païens qui me crucifieront, mais le troisième jour, je ressusciterai ». Elle y a cru, et c’est pour cela qu’elle ne s’est pas déplacée le dimanche de pâques, sûre que le tombeau serait trouvé vide. De même que 33 ans plus tôt, alors toute jeune fille, elle avait cru que de son ventre vierge car non fécondé surgirait la vie, de même elle a cru que du tombeau se lèverait vivant son Fils et serait laissé vide.

Marie mérite, en vérité, d’être appelée la mère des croyants, c’est-à-dire de ceux qui croient à la résurrection de son Fils ; c’est-à-dire les chrétiens que nous sommes. Avant les apôtres, avant nous, elle a cru.

Elle est dans la situation d’Abraham, qui, parce qu’il était près à accepter le sacrifice de son fils, se disant que Dieu était assez puissant pour le rappeler d’entre les morts, fut appelé le père du peuple des croyants de même ; Marie consentant au sacrifice de son fils et croyant à sa résurrection est la véritable mère des croyants -mais  non plus selon la chair, mais selon l’Esprit.

Alors, Marie Madeleine est surprise, elle est encore bien loin de la foi, elle ; elle va trouver le chef, Simon-Pierre, et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. »

Ils se précipitent pour se rendre au tombeau. On remarque, au passage, comment Jean, le disciple bien-aimé, reconnaît la préséance de Pierre, en le laissant entrer le premier au tombeau. Mais il le précède dans la foi, en voyant les linges : « Il vit et il cru. Jusque là en effet les disciples n’avaient pas vu que d’après les Ecritures, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. »

Pourquoi a-t-il cru ?

 

Donatien Mollat, celui qui a fait la traduction de l’évangile selon St Jean dans la Bible de Jérusalem et qui était considéré comme le meilleur spécialiste de St Jean, Pense que le linceul s’est comme dégonflé. Comme si le corps était passé à travers, et c’est ce signe qui a conduit St Jean à la foi.

Nous voyons donc des attitudes diverses dans ce récit au niveau de la foi ; il y a d’abord Marie-Madeleine qui voit et qui ne croit pas encore ; il y a Jean qui croit car il a su lire dans ce signe du linceul dégonflé la réalisation de l’annonce que Jésus avait faite de sa résurrection et que, faute de foi, il ne pouvait pas encore comprendre pas plus que les autres disciples. Notons que manifestement St Pierre, comme Marie-Madeleine, ne fait pas la même lecture de ce signe et l’un et l’autre ne croient pas encore. Il leur faudra une apparition du Christ pour parvenir à la foi, et même devant l’évidence certains disciples auront des doutes. Mgr Barbarin nous le faisait remarquer, il n’y a pas longtemps, ils n’osaient pas lui demander « qui es-tu ? »  (Jn 21) car ils savaient qui il était. C’est bien lui, et en plus il a gardé les stigmates de sa passion ; il n’y a pas de doute possible et pourtant c’est tellement gros... C’est tellement impossible… ! E. Decaut aussi avait attiré mon attention dans un séminaire que nous avons en commun sur les doutes des disciples dans Mt 28 « certains eurent des doutes ». Certains qui étaient en présence de Jésus ressuscité. C’est bien lui, mais c’est tellement gros… !

En fait quand on parle de résurrection, on parle de quelque chose d’énorme à avaler. Il n’est pas étonnant que ce soit sur ce point que Paul est eu des problèmes au cours de sa prédication du kérygme. « Sur ce point nous t’écouterons une autre fois » dirent les athéniens en se gaussant et en s’en allant (Actes 15). C’est l’article capital  contrairement à ce que pouvait dire Luther pour lequel c’était la justification par la foi. Le véritable article capital du christianisme a toujours été dès les commencements : Christ est ressuscité ! Christ est vivant ! C’est le truc le plus énorme que des hommes aient jamais prononcé…

Toute notre foi est là. « Si tu confesses de ta bouche que Jésus est Seigneur, et si tu crois dans ton coeur que Dieu l'a ressuscité des morts alors tu seras sauvé ».  C’est cet événement qui a servi de prisme aux rédacteurs des évangiles, c’est avec les lunettes de l’événement pascal qu’ils ont relu toute la vie de Jésus et ils ont vite compris que c’était la seule lentille qui rendait distincts, compréhensibles et cohérents toutes les paroles et toutes les actions de Jésus.

Ce n’est pas par hasard que la célébration hebdomadaire de la résurrection a supplanté le sabbat des juifs. Cette célébration pascale hebdomadaire est le signe de cet article capital. De même, la célébration annuelle de paques fut la première fête chrétienne chronologiquement. Tout le reste du calendrier liturgique s’est organisé autour de cette fête primordiale.

Nous savons, cependant, que notre foi, la foi pascale, et qui est celle de  toute l’Eglise, nous est donnée d’en haut. St Paul dit : « C'est pourquoi je vous déclare que nul, s'il parle par l'Esprit de Dieu, ne dit: « Jésus est maudit ! » (Romains 10:9) et que nul ne peut dire: « Jésus est le Seigneur! » si ce n'est par le Saint-Esprit (1Corinthiens 12:3).  Notre foi est que Jésus est Seigneur ; c'est-à-dire l’auteur de la vie et qu’il est ressuscité des morts. Cela nous est donné d’en haut.

Mais, vous le savez, Dieu n’a pas donné de victoires en pantoufles au Peuple d’Israël, mais l’épée à la main. Certes, les juifs recevaient la victoire d’en Haut, mais ils ne pouvaient pas pour autant déserter le champ de bataille, comme en témoigne l’épisode de Josué combattant Amaleq dans la plaine alors que Moïse intercédait sur la montagne. C’est le don d’une conquête.

Exode 17:8-13   « Les Amalécites survinrent et combattirent contre Israël à Rephidim. Moïse dit alors à Josué: Choisis-toi des hommes et demain sors combattre Amaleq; moi je me tiendrai au sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main. Josué fit ce que lui avait dit Moïse, pour combattre Amaleq. Et Moïse, Aaron et Hur montèrent au sommet de la colline. Lorsque Moïse tenait ses mains levées, Israël l’emportait; et lorsqu'il les laissait retomber, Amaleq l’emportait (…) Comme les mains de Moïse s’alourdissaient, ils prirent une pierre et la mirent sous lui. Il s’assit dessus tandis qu’Aaron et Hur lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre (…) Et Josué defit Amaleq et son peuple, au tranchant de l'épée. »

  Cela signifie que nous avons aussi à nous disposer, à stimuler et à nourrir cette foi qui nous vient d’En-Haut. St Jean, devant le linceul dégonflé a laissé sa foi jaillir. La Parole de Dieu, la prière, la fréquentation des sacrements, le travail théologique stimulent et nourrissent notre foi.

Cher frères, il est important de redire une évidence, la foi dont je parle n’est pas simplement tenir pour vrai les assertions de l’Eglise comme quoi Jésus de Nazareth est Fils de Dieu, est mort et ressuscité ; elle est active et pas seulement parce qu’elle nous engage à agir comme nous croyons, mais parce qu’elle transforme notre vie. Les maisons non reliées à la Centrale des travailleurs dans le barrage hydroélectrique du Paraguay étaient plongées dans l’obscurité alors que ces maisons étaient situées à proximité de la Génératrice. La foi, c’est comme un fil électrique qui vous relie à une centrale électrique et vous apporte lumière, usage d’appareils électriques de toutes sortes. Croire vous change la vie ; vous amène une vie d’amour et de lumière avec le Seigneur : une joie et un bonheur de vivre, une paix profonde, une force invincible et une espérance inébranlable.

 

Ce temps de pâques est le temps de la foi par excellence. Méditons notamment sur l’exemple extraordinaire de foi de notre Mère dans la foi, la vierge Marie dont il est paradoxalement question sans l’être explicitement dans ce texte, comme je l’ai montré,  et demandons au Seigneur d’augmenter notre foi. C’est capital ! Pour reprendre l’adjectif de tout à l’heure. C’est capital, car c’est sur notre foi que nos contemporains devront s’appuyer pour croire. Je l’ai dit Dieu donne d’en haut le câble de la foi, mais si nos vies sont comme de gros transformateurs électrique nos contemporains pourront se brancher directement sur nous pour avoir tous les bienfaits de la foi. Ne nous satisfaisons pas de notre actuel degré de foi. Aspirons à toujours plus, à un plus gros câble recevant davantage de voltage pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Levons-nous pour contempler dans l’hostie sainte le mystère pascal tout entier, venez adorons l’auteur de notre foi, puisons en lui l’énergie dont nous avons besoin pour nous et pour nos frères.

meditation_seminaristes_la_foi_de_marie,__12_avril_2006.pdf La foi de Marie  (92.94 Ko)
Père A. Ransay
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