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Magico-religieux et foi

Paranormal, magico-religieux et foi chrétienne : les manifestations du magico-religieux dans la culture antillaise

Cours de Pastorale, 2007, Magico religieux, Père Alain Ransay.


Magico-religieux et foi
Nous vivons dans une société sécularisée, c’est-à-dire une cité ou Dieu est jeté dehors à l’extérieur des murailles ; il est relégué au domaine privé, aux domaines des croyances, des options personnelles au nombre desquelles on a aussi la vie sexuelle et les hobbies. Et c’est avec beaucoup de réserve que l’on parle de religion en public même en famille, et, encore plus grave, même dans l’Eglise. Combien d’entre-vous ont l’habitude de partager avec leurs confrères de ce qu’ils ont découvert dans leur méditation du jour ?
Les adversaires de l’Eglise, depuis le Siècle des lumières, ont cru que le développement de la culture scientifique ferait apparaître la religion comme une étape enfantine de l’esprit humain. La culture technoscientifique lui assurant compréhension et maîtrise du monde lui permettait enfin le dépassement de cette étape puérile et le passage au stade « critique » — qui est synonyme de maturité.
Dans l’Eglise elle-même, tout l’art de la pastorale a été de montrer que les chrétiens étaient adultes et intelligents et que s’ils étaient croyants, c’était à un évangile démythisé, désenchanté.
Il ne s’agit pas de dire ici que la dimension critique est à bannir, elle est effectivement la marque d’un esprit mature. Toutes les époques ont connu des esprits critiques : les philosophes et les prophètes. Il est vrai que notre époque a voulu mettre en œuvre cette pensée critique d’une façon généralisée. Mais, précisément, dès que l’esprit critique prétend se vulgariser, il régresse pour redevenir paradoxalement une croyance. Ainsi, malheureusement, pour certains penseurs des années 70 et beaucoup de prêtres qui ont accordé à leur position un statut « scientifique », c’est-à-dire indiscutable[1], les récits évangéliques étaient à considérer comme des textes fondateurs mythiques, mais utiles dans la mesure où ils pouvaient nous structurer humainement en nous ouvrant à un humanisme à coloration chrétienne, en nous sortant de l’absurde de la condition humaine, en nous ouvrant également à l’idée d’une vie après la mort. Cependant, il ne fallait pas attendre naïvement une aide concrète de Dieu pour mieux vivre. Si aide il y a, elle ne saurait être que de rendre notre vie intelligible, sensée, et ouverte aux autres. La problématique de la grâce sanctifiante, mais surtout des dons concrets (charismes) avait presque complètement disparu à tel point que le traité de la grâce n’était plus enseigné dans les séminaires et les facultés de théologie.
Donc, la conjugaison de la sécularisation et de « l’autosécularisation »[2] ecclésiale a conduit les gens en proie avec les grandes questions de la vie, avec les tentations et les souffrances de l’existence à chercher ailleurs l’assouvissement de leurs besoins religieux, car celui-ci est un élément constitutif de l’humain, il lui est coextensif ; quand vous l’évacuez d’un côté, il se réinvestit ailleurs.
Aujourd'hui nous n’assistons pas à un retour du religieux, il n’a jamais disparu. Ce à quoi nous assistons c’est à une régression perverse de celui-ci. Privés de la source pure, les gens se sont tournés vers les caniveaux et se sont mis à y boire – tenaillés qu’ils étaient par la soif.
C’est ce que je me propose dans un premier temps de monter. Dans un second temps, je préconiserai une attitude pastorale pour répondre à ce défi. Enfin, je vous proposerai une étude comparative entre manifestations magiques et manifestations de l’Esprit-Saint.
 
I. Une société paganisée 
 
A.  Une superstition diffuse 

En occident, le paganisme reprend ses droits là où le christianisme l’avait chassé.
Les chats noirs portent malheur, ainsi que passer sous une échelle, pour attirer la chance, il faut porter tel ou tel objet porte-bonheur, etc.
Cette forme de superstition est également très répandue aux Antilles. Elle n’a jamais disparu de fait. On pourrait dire pour faire court qu’à la différence de la France qui serait postchrétienne, la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane seraient préchrétiennes – mais ce ne serait pas totalement vrai.
 
1. L’histoire du « coup de cercueil » 
Quand j’étais petit, mon père m’avait rapporté qu’autrefois on transportait les morts dans leurs cercueils à l’aide de brancards depuis leur lieu d’habitation jusqu’à l’église. S’il se trouvait que deux personnes étaient ennemies et étaient parmi les porteurs et que l’une voulait faire mourir l’autre, il lui suffisait de lui donner un coup de cercueil et la personne mourrait alors dans les trois jours. Cela m’avait impressionné comme enfant.
Bien des années après, je me retrouve, comme prêtre, à célébrer des funérailles, et curieusement, en cours de célébration, cette histoire me revient à la mémoire ; je la chasse immédiatement avec dédain, la considérant comme une pensée superstitieuse. A la fin de la cérémonie, je dis les prières finales à la porte de l’Eglise autour du cercueil au milieu des proches du défunt, et voici qu’au terme des prières, les employés des pompes funèbres déplacent le cercueil maladroitement et me donne un coup avec !
Je me suis dit en moi-même : « Seigneur, tu as de l’humour ! Tu me dis à travers cet incident : “As-tu pleinement foi en moi et as-tu admis que ta vie est dans ma main et ne dépend de personne d’autre que moi ?” »
 
2. L’affaire de la malédiction du chien 
Pareillement, ma mère m’avait enseigné qu’il ne fallait jamais tuer un chien ou un chat, car la sanction serait de sept années de malédiction où il ne m’arriverait que des malheurs.
Un soir rentrant en voiture à la maison, voici qu’au beau chien de race se met en travers de la chaussée à une vingtaine de mètres devant moi. Je roulais à plus de 70 km en cet endroit. Etant donné la configuration de la route ; un coup de volant à droite et j’étais dans un précipice, un coup de volant à gauche et ce serait le même précipice avec des tonneaux en plus. Je n’avais donc pas le choix… Je n’ai pas vu les sept années de malédiction, et mieux au cours de la septième, j’ai même était ordonné prêtre ! Ce que je considère comme une bénédiction de toute première classe.
 
B.  Le New Age (L’ère du Verseau)
 
Vous le savez, le Nouvel Age est ce courant spirituel qui prétend que le temps du christianisme correspondant à l’ère astrologique du poisson est révolu. Avec le XXIe siècle, nous serions entrés dans l’ère du Verseau et c’est à eux d’occuper le terrain religieux. Cette « religion » est en réalité, une soupe où se mélangent des éléments de différentes traditions religieuse, philosophique, magiques et ésotériques. On y trouve tout pêle-mêle, donc sans articulation logique des différents apports. Les exemples suivants le confirment :
 
1.  Le docteur Murphy et l’aspect psychospirituel (alliance d’un certain scientisme avec le paganisme)
 
2. La nouvelle littérature mystique : De Cuello. Recyclant des symboles du christianisme, il nous fait revenir à des formes anciennes, voire primitives du religieux : l’idée de la Grande Mère fusionne, par exemple, la figure de la Vierge Marie avec la déesse primordiale ou Déesse de la fécondité ou Pacha Mama ou encore la Mère-Terre. Il connaît des succès de librairie tout à fait étonnants.
 
3. Le channeling
« Dans le New Age, le channeling est un prétendu procédé de communication entre un humain et une entité appartenant à une autre dimension. Par extension, le terme peut désigner l’ensemble des croyances et des pratiques qui s’est formé, à partir des années 1980 aux États-Unis, autour de ce procédé pour constituer un courant particulier, interne au mouvement New Age. »

« Apparenté à la notion de médiumnité en vogue à la fin du XIXe siècle au sein du mouvement spirite, l'idée de fond du channeling recoupe une thématique très ancienne d'expériences visionnaires : chamanisme, prophétisme... » 

« La méthode du channeling serait l’héritière de la “télépathie éthérique”, concept élaboré en 1950 par la théosophe Alice Bailey et popularisé dans son ouvrage Télépathie et corps éthérique. Elle consiste pour un channel à se plonger dans un état méditatif ou de conscience altérée (transe médiumnique, expansion de la conscience...), et à “s'ouvrir” à l'entité.

Les channelings peuvent être de deux types :

direct : voix entendues par le channel, paroles prononcées par la bouche du channel, ou bien par messages reçus par écriture automatique...

indirecte : messages reçus par l'intermédiaire d'un support (technique du oui-ja aujourd'hui tombée en désuétude...).

Certains channelings sont édités et vendus en librairies, surtout sur le continent américain, foyer du phénomène et où ce dernier connaît une certaine popularité. » [3]

Vous avez compris que le channeling est une reprise du spiritisme dans le nouveau contexte scientiste qui est le nôtre. Le médium appelé « channel » ne communique plus avec des esprits de défunts, des anges et des démons, mais avec des entités qui vivent dans d’autres dimensions !
 
C. Les pratiques plus traditionnelles 

1. Les horoscopes 
Quelle tristesse que de voir nos quotidiens, nos radios, voire la télévision infestés par ces vendeurs de mensonge. Les astres conduiraient dans le détail de la vie amoureuse des quantités de gens en fonction de leur jour de naissance. Cela voudrait dire notre bonheur n’est pas l’affaire d’un Dieu qui nous aime et qui veille sur nous et dont nous devons chercher la volonté dans la prière et le discernement de l’Eglise, mais dans le mouvement des astres. Quelle régression spirituelle quand un chrétien est esclave de son horoscope quotidien ! 
  
2. les pendules et autres fétiches (objets magnétisés – scandale Guy Lux) 
Je n’ai pas besoin de m’étendre sur cette question sauf à dire que les gens qui pratiquent cela sont dépossédés de leur volonté, ils en arrivent à ne plus pouvoir bouger de la maison sans l’aval du pendule.
 
3. Les prières secrètes et les rebouteux (guérisseurs)
 Il est intéressant de dire un mot sur ce point. D’abord qu’est-ce qu’une prière secrète ?
C’est une formule qui se transmet selon un code bien précis (par exemple d’un homme à une femme de génération en génération) et qui suppose une parfaite confidentialité sous peine de perdre son efficacité. Elle a pour but de guérir d’un mal particulier : enlever une arête particulièrement retorse, arrêter une hémorragie sanguine, neutraliser une brûlure, supprimer des verrues, des douleurs comme les rhumatismes, etc.
 
Son contenu
 
A ma connaissance le contenu fait toujours référence à Judas, parfois sous la forme d’une triple invocation. Il est clair que sous la figure de Judas, c’est le Satan – qui entra en lui le jeudi saint –, qui est invoqué.
Vous me direz que ce n’est pas si évident que cela puisque la personne fait du bien avec cette prière et que ce sont souvent des personnes droites et sérieuses, parfois catholiques pratiquants qui font usage de ces prières.
C’est précisément là que se situe le tour de passe-passe classique du Mauvais. Celui-ci comme un bon empoisonneur ne présente pas une bouteille d’arsenic avec l’étiquette dessus à quelqu’un qu’il veut détruire. Il lui offre plutôt un grand verre d’oranges pressées fraîchement cueillies, il y ajoute simplement deux ou trois gouttes d’arsenic. C’est inodore, incolore et terriblement efficace. La guérison qui est donnée est le jus d’oranges pressées, les deux ou trois gouttes d’arsenic ne tarderont pas à faire sentir leurs effets, par exemple par une impossibilité à prier, une invasion de pensées blasphématoires, des idées perverses ou de suicides obsédantes, etc.
 

D. Les sectes ésotériques 

Franc-maçonnerie, Rose croix pour parler de celles qui sont bien implantées aux Antilles françaises. Que proposent-elles ? Le salut comme les chrétiens, mais non pas par le biais d’un Sauveur (pour nous Jésus de Nazareth), mais par la connaissance. Il s’agit de connaître de prétendues lois qui gouvernent le monde et les gens pour pouvoir entrer dans une position de pouvoir et de domination sur les autres et pouvoir ainsi gravir notamment les échelons de la société. Au début quand vous entrez en maçonnerie par exemple, on vous parle de réflexions philosophiques, mais peu à peu sous le couvert de cette soi-disant philosophie on vous introduit dans le monde de l’occulte. J’ai connu ainsi un franc-maçon qui avait reçu par le biais de sa loge une prière secrète telle que je l’ai définie plus haut.
Des témoignages affirment qu’il est demandé à celui qui accède à un échelon très élevé, de poser un acte d’apostasie très clair, comme de piétiner un crucifix.
Ces sectes tâchent de recruter parmi les gens bien placés afin de constituer un grand pouvoir social. Et c’est un des effets recherchés par les gens que d’avoir des facilités du genre de bénéficier sur le champ d’un rendez-vous avec un médecin spécialiste alors que les autres attendent trois mois ; de même, pour fournir des emplois à la famille et à des amis, pour avoir un coup de pouce en matière judiciaire, etc. Evidemment, en retour, il faudra rendre les services que l’on vous demandera. Et quand les chefs veulent nuire à quelqu’un ils utilisent ce réseau et la personne visée se trouve prise dans les mailles d’un filet très serré…
Mais, il ne s’agit pas d’avoir peur d’eux ni de quoi que ce soit. Jésus nous le répète sans cesse : « N’ayez pas peur ! » Dieu notre Père veille sur nous et nous ne devons pas avoir peur des mortels, pas plus que des esprits mauvais qui nous sont soumis au nom de Jésus[4].
 
E. Les voyants locaux : Lire Dt 18, 9-13
 
La voyance en plein boum (explosion du nombre des officines, chaque station radio a son astrologue ou devin payé par la maison et qui fait de la voyance en direct). Il convient d’opérer entre eux un discernement :
 
1. Les simples charlatans 

2. Les tradithérapeutes
Utilisation de plantes médicinales. Mais malheureusement comme les demandes qui leur sont adressées dépassent souvent le cadre de la santé, la tentation est forte pour eux d’adopter la figure précédente voire la suivante dans les cas où ils sortent de leur domaine de compétence. 
 
3. Ceux qui sont en relation avec le Mauvais
 
II. Conséquence néfaste de ce paganisme nouveau et ancien 
 
En fait, dans cette section, je m’occuperai surtout des modes les plus fréquents que l’on rencontre aux Antilles : les gadè d’zaffai, les quimboiseurs, les gadors, les hougans, les voyants.
 
A. Conséquences matérielles 

Ils s’enrichissent matériellement et « en nature ». 

1. Matérielles

Les sommes qui sont réclamées par un « voyant local »[5] défient l’imagination (15 000 € ou plus n’est pas exceptionnel). Les gens font des prêts importants pour payer ces gens. Plus ils demandent beaucoup, plus les gens y croient.
 
2. En nature

Il est courant que le « voyant local » signale à la belle jeune femme qui est en face de lui que le « travail » qu’il fait pour elle serait beaucoup plus efficace, voire ne peut marcher que si et seulement si elle couche avec lui.
25 % des cas d’abus sexuels sur des mineurs sont attribués aux quimboiseurs[6] avec la complicité involontaire des parents. Par exemple le cas d’une petite fille de 9 ans laissée une nuit avec le malfaiteur pour qu’il puisse faire « un travail » sur elle afin qu’elle travaille mieux en classe !
 
B. Conséquences psychiques 

1. Peur et anxiété

On l’a vu, à la source de la posture magique, il a la peur des aléas de la vie : la peur des événements et de forces occultes néfastes. Mais s’adonner à la magie va renforcer cette peur. On a peur que le voisin ne nous jette un sort. Et naturellement, face à tout événement difficile à comprendre, l’explication magique sera une des premières à venir à l’esprit. La peur engendre l’anxiété, l’angoisse, parfois la paranoïa lorsque, comme cette femme que j’ai rencontrée personnellement, on voit des francs maçons partout, des « dorlis »[7] partout. 

2. Maladie mentale

Parfois donc, il peut y avoir un virage vers la maladie mentale avec la paranoïa et le complexe de persécution.
 
3. Méfiance généralisée.

On « reste dans son bord ». Fok pas moun connêt zaffair-ou. Yo ké fait-ou mal. On a tellement peur de tout le monde qu’on se replie sur soi et sur ses proches. 
 
4. Le sentiment d’être agressé par un esprit dans son sommeil

Je note ce point, car s’il a l’air mineur, il concerne un très grand nombre de gens. J’ai vu arriver à mon bureau de curé ou à la chancellerie de l’archevêché un grand nombre de personnes déstabilisées par le fait d’un phénomène qui se produit au cœur de la nuit, au petit matin et parfois à l’heure de la sieste. Je vous le décris rapidement :
Ces personnes sont dans un état semi-conscient ; c’est comme si elles étaient sur la frontière qui sépare le sommeil de l’état d’éveil et qu’elles passaient tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Elles se savent dans leur chambre, voire dans leur lit, et en même temps elles vivent des choses qui sont propres au sommeil. Parfois ce qu’elles perçoivent ainsi apparaît comme une menace et elles veulent se réveiller, mais n’y arrivent pas ; elles veulent crier, mais n’y parviennent pas. Le dénouement arrive quand elles se mettent en prière. Là elles se calment et sortent de l’état de sommeil.
Beaucoup des gens qui vivent cela aux Antilles l’interprètent comme étant une manifestation maléfique. Cela apparaît d’autant plus probant qu’elles sont conscientes quand les faits se produisent. En réalité, le phénomène s’explique aisément de façon naturelle. L’état dans lequel se trouvent ces personnes est ambigu, je l’ai dit dans la mesure où elles sont à la frontière du sommeil or lorsque l’on dort, le cerveau « débranche » tous les muscles, c’est ce qui fait que si nous rêvons que nous sommes en train de courir un marathon nous ne restons pas moins bien au chaud dans notre lit. La personne qui se sent agressée comme on l’est dans un cauchemar est aussi à la frontière de l’état de veille, du coup elle veut réagir et sortir de sa léthargie, mais précisément parce qu’elle n’a pas le contrôle des muscles qui sont « débranchés », elle fait l’expérience d’une tétanie, d’une paralysie qu’elle attribue à une puissance maléfique. 
  
Marc 4:40 Puis Jésus leur dit : « Pourquoi avez-vous peur ainsi ? Comment n'avez-vous pas de foi?» 
 
B. Plus grave - Les conséquences spirituelles 

1. La division

La conséquence première de la fréquentation des « voyants » locaux se traduit par la mise en place de barrières de haine entre les gens. Les couples détruits par leur fait sont légions : le cas de cette femme et des 6 quimboiseurs qui l’accusaient à faux d’être responsable des déboires financiers de son mari…
Les amitiés brisées ne se comptent plus. Par exemple, le type qui a tué son meilleur ami parce que le « quimboiseur » l’avait désigné comme le responsable de ses problèmes… ce qui s’est par la suite avéré faux.
Ainsi, ces gens s’enrichissent en mettant la souffrance et la division partout. Il convient de se rappeler qu’un des noms donnés à Satan dans la Bible est : « l’accusateur de nos frères » (Ap 12, 10). 
 
2. La question des liens

Une autre conséquence très grave sur le plan spirituel est la constitution d’un « lien » ; voyons maintenant ce qui me semble être ses principales formes :
a) Lien « pyschospirituel »
Il résulte d’une parole dépréciative, de mauvais souhait ou de malédiction, mais également d’un péché grave comme l’avortement, le meurtre, l’apostasie…
Il consiste en une paralysie spirituelle et souvent un blocage dans sa vie relationnelle ; la personne se sent incapable de bâtir sa vie, entravée dans toutes ses démarches et ses décisions personnelles.
b) Lien d’oppression 
Il se manifeste par une emprise s’exerçant sur les corps ou sur les objets : lévitation, déplacement d’objets, maladies à géométrie variable, bruits, sensations physiques…
Remarque : On voit immédiatement la proximité qu’il peut y avoir dans ce cas avec ou bien des phénomènes physiques naturels ou bien des phénomènes d’ordre psychologique. On ne peut donc faire l’économie d’un discernement sérieux.
c) Lien d’obsession
C’est comme une tentation qui ne lâche pas souvent comme une injonction permanente au suicide ou une sexualité perverse ou encore au blasphème (même, remarque que précédemment).
d) Lien de possession
Certains indices selon l’Eglise font reconnaître une possession : des connaissances remarquables comme celles de langues étrangères ignorées totalement de la personne et des faits peu glorieux de la vie des exorcistes, des déformations physiques importantes (il peut y avoir des cas de lévitation).
Le Père Raymond Halter, prêtre mariste, qui fut longtemps exorciste (aujourd’hui décédé) disait qu’il y avait deux façons pour une personne d’être possédée : avoir été consacrée à Satan par ses parents quand elle était enfant ou avoir signé soi-même un pacte (souvent avec le sang de la main gauche) dans le cadre d’une cérémonie satanique. Tous les autres cas ne sont donc pas des cas de possession, mais rentrent dans les rubriques précédentes ou sont tout simplement des problèmes psychologiques ou encore une interaction des deux.
 
III. L’attitude pastorale

Elle est la conséquence d’une croyance fondamentale : Jésus libère. Jésus est le nouveau Moïse qui nous délivre de la puissance de Pharaon, c’est-à-dire du Diable comme le disent les Pères de l’Eglise. Luc 10, 17-20. 

Comment ?

Il suffit de lire les écritures : le ministère de Jésus est un ministère de prédication, de libération et de guérison. C’est du moins ainsi que Saint-Pierre le résume au païen Corneille et à ses proches : Ac 10, 36- 38 « [Dieu] a envoyé la parole aux fils d`Israël, en leur annonçant la paix par Jésus Christ, qui est le Seigneur de tous.

Vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, après avoir commencé en Galilée, à la suite du baptême que Jean a prêché ;  vous savez comment Dieu a oint du Saint-Esprit et de force Jésus de Nazareth, qui allait de lieu en lieu faisant du bien et guérissant tous ceux qui étaient sous l’empire du diable, car Dieu était avec lui. »

Ses apôtres font la même chose, il annonce la Bonne Nouvelle en théorie et en pratique : les promesses de l’alliance nouvelle sont corroborées par la libération de personnes au pouvoir du démon et par les signes de guérisons intérieures et physiques[8].
 

Comment ?
 
Il y a une brochure éditée par le Vatican et dont la traduction a été validée par la conférence des évêques de France « Délivre-nous du mal » si ma mémoire est bonne qui peut donner des indications. Pour ma part, je peux vous faire part de mon expérience dans la matière. Beaucoup de gens vivent des choses bizarres et n’osent pas en parler de peur de passer pour simples d’esprit ou fous. C’est lorsqu’on commence à aborder ce genre de sujet que les gens viennent vous trouver pour vous raconter leurs tourments et vous êtes alors stupéfié de voir des personnes très bien considérées, parfois même de grands intellectuels vivre des choses de ce genre. Le Père Raymond Halter dont j’ai parlé plus affirme que les gens qui souffrent le plus sont ceux qui sont persécutés par le démon.
 
Voyons différents exemples de guérison correspondant aux quatre formes de liens spirituels que nous avons énumérées plus haut :
 
a) Guérison d’un lien psychospirituel
Une jeune femme est présentée à un prêtre comme tenant des propos délirants chaque fois qu’elle est contrariée. Elle peut aussi avoir des attitudes incohérentes et des évanouissements répétés dans ces cas là. Ni médecin, ni psychologue ne pouvaient la guérir. Mais le sacrement de réconciliation le fit : il lui a suffi de reconnaître, à l’invitation du prêtre, qu’elle avait commis un avortement. Dans ce cas, le lien causé par son péché avait des répercussions sur son psychisme et même son corps.
 
b) Guérison d’une oppression diabolique
C’est le cas d’un jeune homme très engagé dans l’Eglise. Quand il était jeune (enfant et adolescent) par le biais de ses parents, il  fréquentait assidûment des voyants.  Il ne se passait rien de particulier jusqu’au jour où il adhéra complètement à la foi chrétienne et où il voulut avoir des temps de prière méditatif, par exemple la récitation du chapelet. Dès lors qu’il se mettait en prière, il se retrouvait au sol, paralysé et percevant les voix des personnes autour de lui comme lointaines. Cela dura jusqu’au jour où il s’en ouvrit à un prêtre qui fit pour lui une prière de délivrance. Cela cessa immédiatement et ne revint plus depuis lors (plus d’un an et demi au moment où j’écris).
 
c) Guérison d’une obsession diabolique 
Le père Emiliano Tardif raconte un cas qu’il a rencontré en République dominicaine. C’est l’histoire d’une jeune femme qui se déshabillait en public peu après son mariage. Le mari a tout essayé : la raisonner, lui faire mettre des pantalons. Mais elle continuait. Il la conduisit chez un médecin, puis chez un psychologue toujours sans aucun résultat. En dernier recours, la femme fut conduite auprès du père Tardif. Dès qu’elle le vit, elle se mit à hurler… le Père Emiliano s’est mis en prière et eut dans son cœur « esprit impur ». Il fit dès lors une prière de délivrance et le phénomène s’arrêta définitivement. Plus jamais elle ne fut habitée par cette obsession qui créait une injonction irrépressible à se déshabiller en public.
Par la suite ils apprirent que le marié vivait préalablement avec une autre femme dont il avait eu trois enfants et qu’à son insu, il décida d’épouser une autre. La femme trahie alla trouver un « sorcier » qu’elle rémunéra pour qu’il fasse cesser immédiatement ce mariage qui faisait son malheur. Et peu après le mariage, le phénomène s’installa.
Peut-être vous demandez-vous comment la femme qui était innocente dans cette affaire pouvait être cependant affectée par l’action du Mauvais. C’est à cause de son mariage. C’est parce qu’avec son mari, ils ne sont plus deux mais qu’il forme une seule chair. Le mari a ouvert la porte au monde du mal par son péché et sa femme en fut affectée.
 
d) Guérison d’une possédée
Je rappelle que seul l’évêque ou son délégué peuvent procéder à un exorcisme. La raison en est que cette opération nécessite une personne qui réunisse des qualités appréciables dans les domaines théologique, psychologique et spirituel.
Un exemple de délivrance pratiqué par Jean-Paul II parmi d’autres, raconté par le photographe officiel du Pape Jean-Paul II, Arturo Mari :
« Je me souviens que durant une audience générale ils ont fait venir une fille, très particulière. À un moment de l’audience, elle s’est mise à hurler. Sa voix n’était pas humaine, elle ressemblait à celle d’une bête ou, plus exactement, elle semblait venir d’outre-tombe. La jeune fille prononçait des paroles très violentes, imprégnées de colère et de haine. Le vice gouverneur, Monsignore Danzi, est descendu, il a cherché à lui parler, mais sans aucun effet. Aussi la fille se déchaînait-elle encore davantage, elle criait des paroles encore plus vulgaires, offensives. Après l’audience, le Saint-Père a commencé à recevoir les invités, puis il est monté sur la papamobile et est parti pour rentrer au Saint-Siège. À la hauteur de l’Arc des Cloches, il y avait la fille, parce que justement on l’avait placée là contre le mur de la basilique. C’était une jeune fille de 20-22 ans, mince, mais elle avait tant de force que six fonctionnaires de l’antichambre, appelés habituellement » sediari », jeunes gens robustes, n’arrivaient pas à la maintenir immobile. Elle avait une force inconcevable, surhumaine. Quand ils ont dit au pape ce qui se passait, le Saint-Père a fait arrêter la voiture, il est descendu et à ce moment s’est passé le ’pandémonium ’. La jeune fille s’est mise à crier : « va-t’en vieil estropié ! Maudit !... » et de sa bouche, sortait une salive verdâtre, foncée. Son visage n’était pas humain. Les jeunes gens qui la retenaient étaient tout en sueur, ils n’arrivaient pas à la maintenir immobile. À ce moment, la jeune fille n’avait pas visage humain. Sa force non plus ne pouvait être humaine. Le Saint-Père s’est approché, il a fait le signe de croix et a commencé à prier en latin. J’étais à une certaine distance, je n’entendais pas les paroles du Pape, en revanche j’entendais très distinctement la jeune fille qui continuait à crier : “Vieil estropié, tu es malade !” À un certain moment, pendant que le Pape priait, la voix de la jeune fille s’est atténuée, est devenue presque une lamentation : “Mais tu sais que je ne peux rien contre toi. Je ne peux rien, tu es trop fort, trop fort”. Le Saint-Père, priant, a mis la main sur sa tête et alors on a entendu un cri, comme arraché du ventre. Le Pape l’a bénie, l’a touchée de nouveau. La voix de la jeune fille était encore plus faible, elle répétait : » ça suffit, maudit », et après environ 20 minutes elle s’est tue. Puis elle s’est affaissée et son visage a repris sa physionomie normale, mais elle était littéralement trempée de sueur. Après cela, elle a ouvert les yeux et a regardé le Pape. Le Saint-Père l’a caressée, béni, et ensuite il est parti. J’étais stupéfait, bouleversé. Des phrases contre le Pape, du ton de la voix, inhumain, et surtout de la simplicité de l’intervention de Jean Paul II. » 

La prière de délivrance. 

Cette prière est faite, dans les cas a) b) et c) vus plus haut. Le cas d’exorcisme on l’a dit doit être renvoyé au prêtre délégué par l’évêque ou à celui-ci lui-même s’il n’y a pas de prêtre désigné à cet office.

Remarque importante : On ne s’adresse pas au démon, mais au Seigneur. Les adresses au démon sont de l’ordre de l’exorcisme.
 
Exemple de prière de délivrance (c’est en substance ce que je dis pour ma part) : 
 
« Seigneur Jésus, en ton nom et au titre de notre baptême et de mon sacerdoce ministériel, je brise les effets de toute cérémonie magique faite au nom de cette personne que ce soit à son initiative ou à celle d’autrui, je brise l’effet de toutes paroles de mauvais souhait ou de malédiction proférées contre elle, je lie tout esprit d’oppression (ou d’obsession) et je le place au pied de ta croix pour que tu en disposes. Merci de restaurer cette personne dans l’intégrité de ses moyens physiques, psychiques et spirituels et de lui donner ta paix. » 

Deuxième section : Essai de compréhension de la nature 
                                    et du succès de la posture magique 
 
A. L’enracinement de la posture magique

L’attitude magique – comme d’ailleurs la foi – vient de la conjugaison de deux facteurs :
 
1) Tout le monde veut être heureux, c’est tellement évident, dit St Augustin, qu’il n’est personne qui ne soit d’accord avec une telle assertion avant même qu’on ait fini de la dire.
 
2) La vie comporte bien des mauvaises surprises, bien des malheurs, bien des malchances que l’individu ne peut pas contrôler.
 
Donc deux attitudes opposées sont possibles :
 
1) Conscient de notre impuissance au regard du destin, s’abandonner à celui qui, lui, est tout-puissant et maîtrise tout, et qui est par ailleurs celui de qui nous tenons notre vie, notre être. C’est l’attitude de la foi, c’est l’attitude de grandes religions comme le judaïsme, le christianisme et sans doute l’Islam.
 
2) Tout aussi conscients que les croyants de leur impuissance à maîtriser le destin, ceux qui s’adonnent à la magie prétendent cependant le dominer avec l’aide de forces occultes qu’ils s’imaginent domestiquer. Mais ceux qui ont un tant soit peu l’expérience de ces choses là savent bien qu’en réalité, ce sont eux qui deviennent les jouets de ces « forces obscures » qui les précipitent dans des abîmes mortels.
 
Je propose maintenant de voir comment Jésus répond à ces deux traits de l’âme que sont la soif de bonheur et la volonté de puissance (qui se traduit par la volonté de dominer le destin) et par conséquent comment il répond à la tentation magique. Car, en définitive, on ne supprime que ce que l’on remplace.
 
B. Merveilleux chrétien et merveilleux magique
 
Nous ne pouvons pas évacuer de la Bible la dimension du merveilleux au risque de l’amputer terriblement, il y a eu de telles tentatives à une époque ou le positivisme s’était insinué partout (Bultmann[9]), mais elles se sont révélées incapables de rendre compte de la richesse des textes et avaient pour effet de les dessécher voire de les rendre illisibles. Et puis l’histoire de l’Eglise est également bourrée de merveilleux, les vies de saints en sont remplies, les sanctuaires de la Vierge (Lourdes notamment) sont des lieux ou le merveilleux est indéniable (cet homme qui voyait avec un nerf optique mort).
D’autre part, le Christ Fils de Dieu s’est anéanti lui-même (kénose) pour venir au chevet de l’homme rendu malade par le péché et de ce fait a condamné sans appel la volonté de puissance. Lui qui était l’égal de Dieu n’a pas revendiqué son droit à la toute-puissance, mais au contraire il s’est fait radicalement « non-puissant » pour sauver l’homme.
« [Jésus] qui était de condition divine n’a pas gardé comme une proie le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’anéantit lui-même devant semblable aux hommes et devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix » (Phi 2).
Notre plan d’étude est donc clair : analyser cette dimension du merveilleux dans l’Ecriture et la Tradition de l’Eglise, puis le caractère salvifique de « la non-puissance divine » dans le Christ et à partir de là esquisser ce que pourrait être la réponse de l’Esprit Saint à la tentation magique.
 
1. Le merveilleux en christianisme
 
a) La problématique de la promesse
La Bible n’est-elle pas l’histoire d’une promesse, comme on parle de promesse de mariage ? Cette promesse est, en effet, le fruit de l’Alliance entre Dieu et son Peuple. « Si seulement Israël avait connu mes lois… Son bonheur serait comme un fleuve ». Dieu par son Fils nous promet un bonheur que nous ne saurions même pas imaginer : la vie éternelle c’est-à-dire voir Dieu et lui être semblable. « Y a-t-il quelque chose de trop merveilleux pour Dieu ? », demandaient les trois anges à Abraham ? Y a-t-il quelque chose de plus merveilleux que d’être divinisé ?
 
b) La problématique du signe
Dès le temps des patriarches (Jacob, Joseph) il y a des signes merveilleux destinés à faire reconnaître Dieu comme Dieu Sauveur. Il suffirait d’évoquer les dix plaies d’Egypte, puis le passage de la mer Rouge, la Manne et tous les autres signes de l’Exode ou encore le prophète Elie face aux 450 prophètes de Baal et le Peuple d’Israël touché par le signe du feu de l’holocauste la face contre terre affirmant un peu à la manière de Pharaon : « C’est le Seigneur qui est Dieu, c’est le Seigneur qui est Dieu » 2 R ?.
Saint Jean exprime constamment dans son évangile cette idée du signe comme révélateur du Dieu sauveur : « Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d’autres signes qui n’ont pas été consignés dans ce livre. Ceux-là ont été mis par écrit, pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom. » (Jn 20, 30). N’oublions pas que le Messie était attendu comme celui qui ouvrirait les yeux des aveugles, ferait entendre les sourds, parler les muets, marcher les boiteux, etc. (Is 35, 5-6)
Le merveilleux est donc signe de Dieu. Il désigne comme tout signe, et que montre-t-il sinon que Jésus est le Christ, le Messie de Dieu, celui qui vient libérer l’homme de tout esclavage et de tout malheur et qui est la réponse à la quête de bonheur qui est en l’homme.
Jean 10:37 -38 « Si je ne fais pas les oeuvres de mon Père, ne me croyez pas; mais si je les fais, quand bien même vous ne me croiriez pas, croyez en ces oeuvres, afin de reconnaître une bonne fois que le Père est en moi et moi dans le Père."
Jean 15:24  « Si je n'avais pas fait parmi eux les oeuvres que nul autre n'a faites, ils n'auraient pas de péché ; mais maintenant ils ont vu et ils nous haïssent, et moi et mon Père. »
 
c) La question des charismes
Jn 14, 12-14
« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera aussi les oeuvres que je fais, et il en fera de plus grandes, parce que je m`en vais au Père ; et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. » 
 
Marc 16, 16-20
« Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné.

 Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons ; ils parleront de nouvelles langues ; ils saisiront des serpents ; s`ils boivent quelque breuvage mortel, ils ne leur feront point de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades, seront guéris.
Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel, et il s`assit à la droite de Dieu.
 Et ils s`en allèrent prêcher partout. Le Seigneur travaillait avec eux, et confirmait la parole par les miracles qui l`accompagnaient. »
 
Il n’est pas simple pour quelqu’un qui a une « mentalité magique » de comprendre les charismes. Mais peut-être devrais-je commencer par élucider l’expression « mentalité magique ». Je veux signifier par là l’état d’esprit d’une personne qui poursuivant sa quête légitime de bonheur veut obtenir « à tout  prix » l’objet de ses désirs. Et dans l’expression « à tout prix » on voit pointer la volonté de puissance.
Les charismes sont dépourvus de ce trait sombre, ils sont la manifestation de l’amour du Christ pour nous. C’est pourquoi ils sont respectueux de la liberté. Lorsque quelqu’un arrive en disant : « l’Esprit Saint te dit de faire telle ou telle chose » vous pouvez le suspecter légitimement d’être habité par la volonté de puissance et d’être par conséquent dans une problématique magique. Le Christ exerce toute sorte de charisme, mais jamais cela n’est fait pour contraindre de l’extérieur, ce serait autrement un acte magique. Il ne fait par ces actes de puissance (terata) que des actes d’amour qui interpellent sans jamais contraindre. 
  
2. Le caractère salvifique de la « non-puissance » divine 
 
a) L’Agapè comme force suprême
Le Christ ne sauve pas avec une « armée de libération » humaine ou angélique, mais avec la seule force de son amour. Il nous conduit à nous rendre sans la menace des armes, sans aucune force coercitive ; il nous arrache des larmes de repentir et nous attache à lui par une démonstration d’amour et une épiphanie de son amour pour chacun de nous. Telle est sa « divine non-puissance », mais y a-t-il une force plus grande que l’amour ? Elle est paradoxalement une antiforce et c’est en cela qu’elle est la force primordiale, car elle ne s’impose pas de l’extérieur mais de l’intérieur.
 
b) La volonté de puissance comme diabolique
Les tentations du Christ au désert sont bien des tentations magiques. Ce qui est demandé au Christ, c’est d’user du pouvoir divin à son seul profit. C’est se servir d’abord. Mais, c’est hors de question pour lui car « je suis venu pour servir et non pour être servi » dira-t-il.
 
C. La réponse de l’Esprit Saint à la tentation magique 

Pour tenter de comprendre la réponse de l’Esprit à cette tentation magique, je propose une étude comparative de certains charismes et de leurs contrefaçons magiques respectives.
 
1. Le charisme de prophétie et son opposé la divination

Une prophétie n’est pas l’affirmation d’un événement inéluctable, il est une interpellation. On trouve dans la Bible et même dans la bouche de Jésus si vous ne vous convertissez pas, il vous arrivera un malheur, mais il y a toujours le « si », il n’y a pas de fatalité. Lorsque le prophète Elie annonce à Achab la liste des malheurs qui lui sont alloués en châtiment de sa conduite indigne à l’égard de Naboth, sa repentance va éloigner ces malheurs « As-tu vu comme Achab s’est humilié devant moi ? demande le Seigneur à son prophète, parce qu’il s’est humilié devant moi, je ne ferais pas venir le malheur pendant son temps ; c’est au temps de son fils que je ferai venir le malheur sur sa maison » ( 1 Rois 21, 29). Et ne vous y trompez pas, si le fils s’humilie le malheur va encore reculer tant il est vrai que nous sommes nous-mêmes les artisans de notre propre déchéance et que celle-ci est souvent une conséquence de nos actes : « On récolte ce que l’on a planté ».
Lorsqu’une voyante annonça à l’avance l’attentat dont serait victime le président Kennedy, elle n’apporta strictement rien à personne sauf la satisfaction d’une morbide curiosité.
Certaines personnes vous disent qu’elles arrivent à savoir, généralement en rêve, que telle ou telle personne va mourir ou encore tel ou tel événement catastrophique avant que celui-ci n’arrive, mais la question est : est-ce que cette information va déclencher comme dans le cas d’Achab une conversion ou produire un autre fruit de salut ?
 
2. Parole de connaissance et parole de voyant

Une parole de voyant veut nous renseigner sur une situation problématique car apparemment incompréhensible sur le plan naturel : pourquoi mes affaires ne marchent-elles pas ? Pourquoi aucun de mes enfants ne réussit scolairement ? Pourquoi n’ai-je pas de succès en amour ? La réponse magique va consister à désigner un coupable : « c’est ta femme ou un parent, ou ton meilleur ami, ou un voisin qui t’a jeté un sort ! » Elle va introduire le soupçon, la division, la méfiance, la peur, les ténèbres ; enfin, elle va conduire à se prémunir désormais contre l’agresseur avec des protections (évidemment chèrement payées) voire la possibilité de rendre les coups et d’éliminer le prétendu agresseur.
 
La parole de connaissance fait ce qu’elle dit. Lorsque pour la première fois j’ai entendu une telle parole et que j’ai vu la correspondance dans la réalité, je me suis dit : « Dieu est parmi nous ! ». Elle fait signe, elle conforte la foi, elle appelle indirectement à la conversion.
 
3. Charisme de guérison et guérison des guérisseurs

   Le charisme de guérison est interpellation à un changement de vie, et de fait, beaucoup de personnes qui ont reçu une grâce ou dont un proche a reçu une guérison physique s’engagent sur un chemin de conversion. Les fruits sont donc joie, paix et conversion.
   Dans le cas de la guérison obtenue par des forces occultes, il y a souvent transfert, la personne n’a plus son problème physique, mais c’est souvent au détriment de sa vie spirituelle. Elle perd sa paix, devient anxieuse, ou devient incapable de prier. Comme dans le cas d’un monsieur guéri par un « magnétiseur » et à qui ce dernier a annoncé un faux adultère de la part de sa femme. En fait, la guérison sert ici d’appât pour perdre la personne sur le plan spirituel en entraînant généralement la division entre celle-ci avec un ou plusieurs membres de son entourage.
 
Conclusion 

En conclusion, il me semble que la réponse de l’Esprit Saint à la tentation magique est double : Il admet ce qui se trouve en elle de bon : le désir de bonheur et récuse le côté diabolique : la volonté de puissance.
En fait, le merveilleux magique et le merveilleux chrétien sont sous deux registres complètement différents.
Le premier est intramondain, il vise la mainmise sur des biens matériels santé, argent et la domination sur les personnes (pouvoir politique, social voire la possibilité de se constituer un harem[10]).
Le second est interpellation à la conversion, il ne vise pas de mainmise ni sur les biens susdits ni sur les personnes, il désigne Dieu, le Dieu merveilleux qui nous invite non pas à nous emparer de sa vie divine, mais à nous disposer à son accueil dans l’humilité et l’action de grâce.
Le premier est démesure (ubris) diabolique dont l’archétype est donné dans le récit de Babel de genèse 11, le second est lisible dans les évangiles ou Jésus ne cesse de dire « ta foi t’a sauvé » et non « guéri », pour montrer que ce qui est donné dans le signe est plus que ce qui se voit. Ce qui est visible, la guérison ou la libération n’est que la figure de ce qui est invisible : la vie dans la liberté totale, la vie dans le bonheur parfait, la vie divine qui commence dès lors que l’on reçoit Jésus comme Seigneur et Sauveur de nos vies.
 

[1] C’est ainsi que la démarche scientifique qui se veut rigoureuse dans la reconnaissance des ses objets et de ses méthodes se trouvent dégradée en scientisme – laquelle n’est pas autre chose qu’une religion dont les cantiques sont rédigés en langage scientifique.
[2] Mot de Mgr Jean-Louis Bruguès in Précis de morale générale, t. 2*, p.
[3] Information prise sur le site Wikipédia, encyclopédie en ligne à l’article « channeling ».
[4] cf. Rm 8, 31-39 et Luc 10, 17-20.
[5] J’utilise cette expression pour ne pas avoir à sortir à chaque fois la liste des appellations propres à nos différents pays ou régions.
[6] J’ai lu cette affirmation dans le journal « Le naïf » de la Martinique vers 1994.
[7] Personne qui, par des moyens magiques, s’introduit avec un corps éthéré auprès de femmes dans la nuit pour avoir des rapports sexuels avec elles.
[8] Cf Voir dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique, le nº 1673, par exemple. 
[9] Bultmann (Rudolf) (1884-1976) exégète et théologien protestant allemand. Par une analyse critique des textes du Nouveau Testament, il cherche à retrouver le message « authentique » de l’Evangile de Jésus par-delà une expression prétendument mythique qui serait le produit de la communauté chrétienne primitive.  Un de ses « descendants » -il est vrai beaucoup moins cultivé théologiquement — a publié plusieurs ouvrages dans le même sens : Jacques Duquesne.
[10] Je fais référence aux fameux « charme » dont on parle beaucoup aux Antilles et qui permet à un homme de séduire une multitude de jolies femmes quand bien même il ressemblerait à Quasimodo, le bossu de Notre Dame.
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Père A. Ransay
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